Lorsque j'arrive dans l'atelier je plonge dans  les différentes lumières qui y pénètrent par ses grandes fenêtres.

Celle du matin qui réveille les odeurs de l’atelier : le bois de la charpente, le coton des tissus, le papier des livres. Grès, faïence, porcelaine, chaque terre mêle son parfum à sa voisine et m’emporte vers les voyages, stages et rencontres qui ont façonné mon travail par sédimentation. D’abord l’Afrique, puis l’Asie, l’Inde, la France et finalement mon atelier dans les Pyrénées Atlantiques.

Celle de la mi-journée, installée, lourde, elle semble surveiller chaque objet. C’est le travail de concentration sur la pose des couleurs qui ne ressemblent en rien à ce que révélera la surprise des cuissons des émaux. Le façonnage au tour, répétitif,  de petites formes, uniques, à utiliser avec plaisir au quotidien. Le modelage de personnages féminins qui attendent patiemment le geste final qui leur donnera le sourire.

Celle du soir dans laquelle tout semble alors s’animer. Les bols multicolores répondent aux assiettes griffonnées. Les vases d’inspiration japonaise, chuchotent avec les sculptures de danseuses coréennes.  Les ombres des feuilles jouent au soleil couchant sur le dos des femmes monochromes qui  papotent au marché et  s’amusent de mes échecs, recherches et obstinations.

Celle de la nuit est plus rare, tranquille, chuchotée. Toutes les poteries semblent s'endormir bercées des musiques du monde.

Et le jour suivant tout recommence.